Mon café était froid
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Mon café était froid
Ce matin, mon café était froid.
Pas oublié. Juste laissé pour compte.
Comme tout ce qu’on sacrifie chaque jour sur l’autel du “ça ira”.
Parce que c’est ça, être une femme aujourd’hui :
jongler entre mille visages, mille attentes, mille versions de soi.
On veut être la fille présente, la sœur bienveillante, la mère infaillible,
la salariée disponible, la collègue loyale, la compagne compréhensive,
et quelque part, sous toutes ces couches,
il reste une femme — discrète, mais vivante —
qui se demande à quel moment elle a cessé d’exister pour elle-même.
On nous dit “tu tiens bien le coup.”
Mais personne ne se demande combien de fois on s’est effondrées avant d’apprendre à sourire sans trembler.
Et on appelle ça de la résilience.
Ce mot qu’on sert à toutes les femmes comme une médaille,
alors qu’il désigne souvent une survie déguisée en sagesse.
La vérité, c’est que je suis fatiguée de cette force qu’on m’impose.
Fatiguée d’être applaudie pour ma capacité à ne pas m’effondrer.
Fatiguée de devoir rester digne dans un monde qui ne l’est plus.
Je crois qu’on confond force et mutisme,
calme et anesthésie,
dignité et solitude bien maquillée.
J’ai compris que la vraie force, ce n’est pas de continuer à courir.
C’est d’oser s’arrêter.
D’oser dire : “là, j’ai besoin de silence, pas d’applaudissements.”
Et parfois, de choisir sa paix au lieu de son image.
Il y a des jours où je me demande comment on fait encore pour se lever,
pour prier, pour aimer, pour se coiffer,
alors qu’à l’intérieur tout fatigue.
Et je crois que la réponse, c’est Dieu.
Pas celui qu’on affiche,
mais celui qu’on ressent quand tout devient trop bruyant pour entendre autre chose.
C’est cette force invisible qui nous fait tenir debout quand plus rien ne semble avoir de sens.
C’est elle qui souffle : “Ne sois pas forte, sois confiante. Ce n’est pas la même chose.”
Alors oui, mon café était froid.
Et peut-être que c’est très bien comme ça.
Parce qu’à force de tout vouloir réchauffer, j’avais oublié de laisser refroidir ce qui devait mourir :
les faux liens, les obligations déguisées en amour, les performances qu’on confond avec la valeur.
Ce matin, j’ai bu ce café froid comme on avale une vérité : amère, mais nécessaire.
Et j’ai remercié Dieu pour ça —
pour la lucidité,
pour la paix après la résistance,
et pour cette élégance invisible qu’on appelle simplement : la foi.
1 commentaire
Ce que tu décris de l’épuisement que l’on ressent face aux attentes de la société me parle profondément, et je pense que ce texte résonne pour beaucoup d’entre nous. Merci de mettre des mots sur ce que tant d’entre nous vivent, dans le silence que la société nous impose . 💛