« Oui mais moi, ça me va pas ces trucs-là. » — chronique de style (et de courage)

« Oui mais moi, ça me va pas ces trucs-là. » — chronique de style (et de courage)

“Oui mais moi, ça me va pas ces trucs-là.”

C’est LA phrase.
Je crois que je pourrais l’entendre en boucle toute ma vie sans jamais m’y habituer.
Elle sort toujours avec le même ton, un peu hésitant, un peu coupable.
“Oui mais moi, ça me va pas ces trucs-là.”
Comme si la nature avait établi des zones interdites : “toi, pas de jupe droite, pas de col roulé, pas de pantalon clair, merci.”
Et à chaque fois, je souris.
Parce qu’on sent bien que derrière cette phrase, il n’y a pas une vraie analyse morphologique,
juste un vieux réflexe d’autodéfense.
Le fameux “je préfère dire que ça ne me va pas plutôt que de risquer de me tromper.”

Alors oui, bien sûr, on a toutes une morphologie.
Certaines coupes flattent, d’autres pas du tout, et parfois un vêtement te rappelle sans pitié que la gravité existe.
Mais entre un vêtement mal coupé et le drame personnel qu’on s’invente à chaque essayage,
il y a un fossé.
Et c’est ce fossé-là — celui du “je préfère ne pas essayer plutôt que de risquer d’aimer” — qui m’intéresse.

Je crois qu’on a pris l’habitude de se juger avant même d’exister.
On n’essaye plus un vêtement, on essaye de deviner s’il va nous humilier.
Et dès qu’on sort du connu, panique à bord.

“Ah non, moi ça, ça me grossit.”
“Non mais sur toi ça passe, t’as le style pour.”
“Je vais avoir l’air déguisée.”

Non ma belle — ( Je déteste qu’on m’appelle Ma belle ) Je déteste cette expression : c’est toujours dit avec une condescendance molle, une fausse solidarité féminine, tu vois ? « Ma belle ! mon c.. ouais » Bref, fermons la parenthèse).

Donc non, ma belle, tu n’auras pas l’air déguisée.
Tu auras juste l’air différente de d’habitude.
Et c’est souvent ce “différent” qui déclenche le malaise.

Parce qu’il faut quand même du cran, aujourd’hui, pour se trouver belle sans justification.
On a peur de déranger, peur d’assumer, peur d’attirer le regard — mais surtout, peur de confirmer qu’en fait, on est pas mal du tout.

Alors on s’invente des excuses morphologiques :
“J’ai les épaules du siècle dernier.”
“Dès que je mets du blanc, je ressemble à un flan.”
“Le satin me dénonce.”

Mais soyons sérieuses : dans 80 % des cas, ce n’est pas une question de morphologie.
C’est une question de courage.
Celui d’essayer, d’assumer, de se regarder droit dans le miroir et de dire : ouais, en vrai, c’est pas si mal.

Moi j’appelle ça le manque de courage élégant : cette manière polie qu’on a de refuser d’être éblouissantes.
On se cache derrière du noir, on s’excuse d’avoir des fesses, et on appelle ça “minimalisme”.

Alors oui, les morphos existent.
Mais le cran aussi.
Et souvent, le vêtement “qui va pas”, c’est juste celui qui attend que tu sois prête à être regardée autrement.

Et la prochaine fois qu’une voix brésilienne un peu trop critique s’invite dans ta tête,
fais en sorte que ce soit pas celle de Cristina qui te juge —
mais celle d’un bel étalon de São Paulo qui te murmure “tudo bem, linda.” 💅🏼

Et toi, dis-moi — combien de fois tu t’es dit “ça me va pas ces trucs-là” avant de finalement te trouver sublime ?

J’ai hâte de te lire 🤍

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